Et si la clé d'une orientation réussie se trouvait là où on l'attend le moins ?
En tant que parents, nous sommes souvent obsédés par une question : quelle est la voie la plus "sûre" pour nos enfants ? Face à la complexité de Parcoursup et à la pression du marché du travail, la tentation est grande de privilégier les filières scientifiques et techniques, perçues comme plus porteuses. Pourtant, une actualité récente nous invite à reconsidérer cette vision.
Sascha Nick, physicien et économiste à la prestigieuse EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), a récemment fait une déclaration détonante : après avoir étudié les maths, l'économie et la physique, il a réalisé que c'était "insuffisant pour comprendre les sociétés humaines". Pour y parvenir, il a dû se tourner... vers la philosophie.
Cette prise de position n'est pas anecdotique. Elle est une formidable boussole pour aider nos adolescents à construire leur avenir.
Au-delà des compétences techniques : former des têtes bien faites
L'aveu de ce chercheur met en lumière une vérité essentielle : la maîtrise d'un savoir technique, aussi poussée soit-elle, ne suffit plus. Pour résoudre les grands défis de demain (écologiques, sociaux, technologiques), il ne faut pas seulement savoir "comment" faire les choses, mais aussi comprendre "pourquoi" les faire et pour "qui".
C'est précisément le rôle des humanités (philosophie, histoire, littérature, sociologie...). Elles ne sont pas un simple "vernis culturel", mais de véritables écoles de la pensée qui développent des compétences cruciales :
- L'esprit critique : savoir analyser une information, déconstruire un argument, questionner les évidences.
- La pensée complexe : comprendre qu'un problème a de multiples facettes et qu'il n'existe pas de solution simple.
- La capacité à communiquer : structurer une pensée, argumenter à l'écrit comme à l'oral, convaincre.
- L'empathie et la compréhension des autres : se mettre à la place d'autrui pour mieux collaborer et innover.
Ces "soft skills" sont aujourd'hui activement recherchées par tous les recruteurs, y compris dans les secteurs les plus technologiques.
Comment traduire cela dans les choix d'orientation ?
Cette vision d'une formation plus complète et "hybride" a des implications très concrètes pour accompagner votre enfant.
1. Pour le choix des spécialités au lycée
La réforme du lycée offre une flexibilité précieuse. Plutôt que de suivre les combinaisons les plus "classiques", encouragez votre enfant à oser des mariages audacieux. Un profil qui associe la spécialité Mathématiques à la spécialité HLP (Humanités, Littérature et Philosophie) ou HGGSP (Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) sera perçu sur Parcoursup comme un signe de grande curiosité intellectuelle et d'une capacité à raisonner sur différents registres.
2. Pour les vœux sur Parcoursup
Le temps des filières monolithiques est révolu. De plus en plus de formations valorisent la double compétence. Pensez à explorer :
- Les doubles licences : Droit-Philosophie, Sciences-Sciences Po, Histoire-Économie... Elles forment des profils polyvalents très appréciés.
- Les licences avec une "mineure" : Il est possible de suivre une licence de Biologie tout en ayant une mineure en Éthique, ou une licence d'Informatique avec une mineure en Sciences Cognitives.
- Les CPES (Cycle Pluridisciplinaire d’Études Supérieures) : Ces formations d'excellence, à mi-chemin entre la classe préparatoire et l'université, sont conçues pour des étudiants curieux de tout.
3. Pour le projet professionnel
L'objectif n'est pas de former des experts en tout, mais des professionnels capables de dialoguer. L'ingénieur de demain devra comprendre les enjeux éthiques de l'intelligence artificielle. Le médecin devra savoir communiquer avec empathie. L'urbaniste devra intégrer des données sociologiques dans ses projets. En résumé, une orientation réussie ne consiste pas à choisir entre les sciences et les lettres, mais à apprendre à faire dialoguer les deux.
En tant que parents, notre rôle est d'ouvrir le champ des possibles. Rassurez votre enfant : sa passion pour l'histoire ou la philosophie n'est pas un frein à une carrière scientifique, bien au contraire. C'est peut-être l'atout qui fera toute la différence pour construire un parcours professionnel non seulement brillant, mais aussi riche de sens et de bien-être.