Face aux choix d'orientation, de nombreux élèves ressentent un frein invisible qui les empêche de sélectionner les filières ou les écoles qui les attirent réellement. Ce phénomène, loin d'être un simple manque de courage, repose sur une conviction intérieure de ne pas être « à la hauteur » ou de ne pas mériter sa place dans un environnement d'excellence. Combattre le sentiment d'illégitimité est une étape indispensable pour éviter l'autocensure et s'autoriser à construire un avenir professionnel en adéquation avec ses réelles capacités.
Qu'est-ce que le sentiment d'illégitimité ?
Le sentiment d'illégitimité se définit comme la perception erronée qu'un individu a de sa propre valeur et de ses compétences par rapport à un environnement donné. Contrairement à l'humilité, qui est une vertu sociale, l'illégitimité est un biais cognitif qui minimise systématiquement les accomplissements personnels. Ce ressenti est la pierre angulaire d'un phénomène psychologique plus large, souvent observé durant les périodes de transition scolaire. Pour s'en libérer, il est primordial de mieux appréhender les mécanismes du syndrome de l'imposteur chez les jeunes, car c'est cette dynamique qui nourrit la peur d'être démasqué.
Concrètement, un élève touché par ce sentiment attribuera ses bonnes notes à la chance, à la facilité du sujet ou à la bienveillance de l'enseignant, mais jamais à son intelligence ou à son travail. Cette distorsion de la réalité l'empêche d'intérioriser sa réussite et de se projeter sereinement vers des études supérieures ambitieuses.
L'impact de l'illégitimité sur les choix d'orientation
L'autocensure est la conséquence directe de ce sentiment. Lorsqu'un jeune ne se sent pas légitime, il a tendance à « viser bas » par sécurité. Il évitera les classes préparatoires, les concours sélectifs ou les filières exigeantes, non pas par manque de compétences, mais par peur de ne pas être à sa place. Ce comportement de fuite prive l'étudiant d'opportunités de développement et peut conduire à des regrets durables.
Viser plus haut ne signifie pas nécessairement chercher le prestige pour le prestige, mais plutôt aligner ses ambitions avec son potentiel réel. Le sentiment d'illégitimité agit comme un plafond de verre artificiel. Le briser demande de reconfigurer la manière dont on perçoit ses propres actions et résultats.
Stratégies pour dépasser ce sentiment et oser l'ambition
Se baser sur des faits tangibles
La première étape pour contrer ce ressenti émotionnel est de revenir au factuel. Les émotions sont mouvantes et parfois trompeuses, alors que les résultats sont concrets. Il est nécessaire de lister ses compétences, ses notes, et les appréciations reçues de manière objective. C'est un exercice de lucidité qui demande d'apprendre à rationaliser ses propres succès afin de comprendre qu'ils sont le fruit d'efforts et d'aptitudes, et non de circonstances extérieures hasardeuses.
Redéfinir le rapport à l'échec
Le sentiment d'illégitimité est souvent nourri par un perfectionnisme paralysant : l'idée qu'il faut être parfait pour mériter sa place. Or, l'apprentissage et l'ambition comportent intrinsèquement une part de risque. Pour viser plus haut, il faut changer de paradigme et accepter l'échec et l'imperfection comme leviers pour dépasser ses peurs. Comprendre que l'erreur n'est pas une preuve d'incompétence, mais une étape de la progression, permet de postuler à des formations sélectives avec beaucoup plus de sérénité.
L'action comme antidote
Enfin, la légitimité ne s'acquiert pas en attendant d'être prêt, mais en agissant. C'est en se confrontant à la difficulté et en surmontant les obstacles que le sentiment de compétence se renforce. Oser candidater sur Parcoursup pour une formation qui semble « trop haute », participer à des journées portes ouvertes ou échanger avec des étudiants de ces filières sont des actions concrètes qui démystifient l'élitisme supposé et ancrent l'élève dans la réalité de ses capacités.